"La colline oubliée" ( Un roman d'actualité)

par driss hamri

Publié en1952,quelques années seulement avant l'indépendance de l'Algerie;obtenue au prix d' un assez beau saccage,"la colline oubliée" premier récit romanesque de l' écrivain Mouloud Mammeri, avait reçu un accueil mitigé.Salué par les uns comme une oeuvre à l'avant-garde de la littérature algerienne,et d'une haute qualité littéraire confirmée et indéniable;d'autres cependant,les adeptes de "l'Algérie arabo-musulmane"pas du tout à l'aise de son succès retentissant auprès des maisons d'édition françaises en particulier, l'avaient taxé de tribalisme et son auteur de traître.Une vive polémique était alors enclenchée autour de ce texte à qui notamment les partisans du courant arabo-islamique algérien; reprochait sa dimension régionaliste- berbériste du simple fait que le cadre du recit en est la kabylie et son personnage central "walli"un militant issu du terroir.
Dans "le jeune musulman"no 7,qui fut l'organe du parti du peuple algerien,(PPA) Ouzegan, lui même kabylle, curieusement acquis aux thèses du (PPA)et farouche opposant de l'écrivain Mammeri, ouvre l'attaque et en donne le ton: "Mais lorsque les admirateurs de Louis Bertrand font une publicité anormale au roman de M.Mouloud Mammeri,j'ai le droit d'être méfiant." Fort de cet argument et un peu plus loin,il prend nettement à partie l'auteur auquel il lui en veut d'avoir servi l'ordre colonial contre laquel il fallait se mobiliser en priorité: "Quand on connait la doctrine coloniale française,basée sur l''assimilation,le berberisme, le culte de l'idée latine,la haine de l'islam et de la langue arabe,on perçoit aisément l'arrière-pensée des laudateurs de M. Mammeri." Reprenant à son compte les mêmes dogmes;en l’occurrence l'islam et la langue arabe,le critique et ses acolytes;nombreux ,en font des postulats idéologiques érigés en absolus politiques que l'auteur Mammeri se devait d'observer à priori,en concevant son oeuvre.Toujours,sur le mode de l'anathème en guise d'analyse globale de l'oeuvre qui leur échappe,les détracteurs de Mammeri ne s'embarrassent guère de citer ce dernier en tant que "complice involontaire de la politique coloniale." Si en somme,les griefs qui ont été fait à "la colline oubliée" relevaient ainsi qu'on l'a vu, du seul registre politique et de l'idéologie pure et simple,tout en ignorant la dimension esthétique de l oeuvre,reléguée elle, au dernier plan,il n'en reste pas moins que ce texte continue de faire parler de lui,soixante ans et plus, après sa publication.En témoignent les événements qui viennent d'ebranler la scène politique et culturelle algérienne,au lendemain de la décision volontariste et arbitraire,prise sans appel par le gouvernement d'alger et entérinée par le parlement visant avec un mepris avéré,la suppression systématique du statut officiel de la langue tamazighte et partant,du paysage linguistique national. Sans l'ombre d'un doute,l'on craint jusqu au délire,en Algérie comme ailleurs,que cette langue et la culture qu'elle véhicule n'entraîne à terme ,une prise de conscience amazighe qui risquerait de bouleverser le continuum arabo-islamique en Afrique du nord.Cette attitude hostile à toute renaissance de cette langue en tant que substrat de l' identité de tout un peuple ne date pas d'aujourd'hui,mais elle prend racine dans le passé.Un passé que l'on veut garder avec autant de vigilance, à l'abri des consciences.
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