PLAIDOIRIE EN FAVEUR DE TAMAZIGHT

Par Driss HAMRI


     Que m'importe de débattre d'une question aussi vieille que le monde,si ce n'est le propos inénarrable,cacophonique, importun et bêtement raciste d'un collègue. Qu'il soit tranquille, je ne le nommerai point.En le voyant boiter à cause d'une vilaine blessure au pied,j'eus la gentillesse de le prendre(en défaut)dans ma bagnole. Chemin faisant,et histoire de lui faire oublier sa petite misère, je lui fis écouter quelques airs d'une belle chanson berbère.L'ayant fort appréciée, il péta:"Tamazighte, comme art oui, mais comme discours,au diable!" Laissa-t-il échapper. Comme un pet. Nauséabond.

     Nous avons mis quatorze siècles pour apprendre l'arabe,un demi siècle pour apprendre le français,et depuis des temps immémoriaux,nous ne savons pas parler le berbère.disait judicieusement Abdelkebir Khatibi,éminence grise de la sociologie contemporaine.
En effet, eu égard de prime abord au nombre de ses usagers, le Tamazighte est fortement présent dans le paysage linguistique marocain.Il est l'outil de communication de deux tiers de la population;et de ce fait, il est qu'on le veuille ou non, la première langue du pays ; et historiquement,la plus ancienne.Et pourtant...
Ce qui est vrai pour cette langue, l'est tout autant pour la culture millénaire qu'elle véhicule.Le processus glottophagique,s'exerçant sur elle, par l'arabe,au moyen des média,du livre et... de l'école dont elle est systématiquement bannie, l'a reléguée au rang de dialecte vernaculaire, parlé surtout dans les zones rurales. Située ainsi, c'est à dire dans la périphérie, elle fait l'objet d'une langue de ghetto, frappée d'ostracisme. Son usage ne saurait s'étendre au delà du terroir et du douar, tant et si bien qu' un marocain de souche berbère,osant s'exprimer dans sa langue maternelle, se voit exposé dar dar à un florilège de quolibets déplaisants,voire blessants;genre,arriéré, sale paysan... Ramdane ochelha..ô sacrilège! Chalha felcar.. tu blasphèmes. Et les scènes relatives à cet état de fait sont légion.
Bien qu'il ait accès à l'audio-visuel,après d'infinies et ennuyeuses tractations,le tamazighte est loin d'être reconnu en tant que langue nationale, au même titre que l'arabe qui entretient avec elle des rapports sinon conflictuels, du moins inégaux au sein desquels, le tamazighte, dialecte oral, subit l'hégémonisme de l'arabe, langue écrite,et en même temps, celle de la doxa en vogue.
On peut schématiser ce rapport comme suit:
L'arabe>langue/écrite/sacrée/officielle/savante/véhiculaire.
Tamazighte<dialecte/orale/profane/non officielle/folklorique/vernaculaire.
Force est de constater cependant les affinités linguistiques et culturelles entre les deux langues.Ceci explique-t-il cela? Leur appartenance à une même aire géographique et identitaire rend à priori l'écart censé les séparer flou,ou peu s'en faut.
Sans prétendre à un exposé savant, ce qui ne relève pas du ressort de cet article, soulignons pour les férus de l’approche comparative, que le signifié s'énonce dans les deux langues, sur le plan syntaxique, de la même manière: sujet+verbe+complément-qui n'est pas souvent un compliment! On peut relever également qu'elles utilisent les mêmes temps verbaux:présent/passé/futur..et se servent des mêmes pronoms pour désigner le sujet parlant.Bref,il serait fastidieux de s'attarder davantage sur ce point,tant les exemples pour l'illustrer sautent aux yeux de l'IGNARE!
Le mécanisme fonctionnel des deux langues étant le même, l'apprentissage du tamazighte est beaucoup plus aisé qu' on ne l'imagine.Son dysfonctionnement tient à des circonstances plutôt exogènes. Ce sont les discours politiques d'obédience nationalitariste et idéologique qui tiennent cette dichotomie entre les langues et les hommes pour innée,au nom d'un déterminisme sélectif,discriminatoire, racialiste en somme.
Figé dans un messianisme mystificateur, ces discours ne font aucun cas de l'avancée tous azimut de la démocratie et des Droits de l'Homme. Pire, ils reprennent à leur compte les idées reçues qu'ils érigent en dogme,faisant fi d'un acquis culturel et identitaire important,en l’occurrence "l'humanisme berbère" qu'ils sacrifient sur l' autel des intérêts sordides.C'est le cas par exemple,de certains partis politiques se prévalant de cette langue.Curieuse,et infâme la manipulation qu' ils en font.A défaut de l'inscrire dans un projet à caractère civilisationnel, le Tamazighte est utilisé comme objet de surenchères électorales, à des fins strictement utilitaristes. Aussitôt les bureaux de vote fermés, il est hermétiquement rangés dans les tiroirs de l'oubli.
Le monde change inéluctablement,mais notre collègue--un Lepen enturbanné! ne semble pas l'être pour autant.A lui de reconsulter ses manuels d' "histoire" pour relire noir sur blanc que la toute première civilisation installée au Maghreb, était bel et bien la civilisation Amazighe.Aux invasions successives dont elle avait fait l'objet, les Imazighenes, fidèles à leur instinct d'hommes libres et indomptables,opposèrent une résistance farouche infligèrent aux barbares de tout acabit une inoubliable leçon de bravoure,incarnée par Tarek et Abdelkarim entre autres.
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