Quand le Rif brise le statu quo

OPINION : Le printemps arabe est derrière, et pourtant le Maroc reste toujours exposé à de nouvelles turbulences. Et j'en veux pour preuve la colère qui règne dans le Rif. 

Dans la rue, la grogne est à son comble. Des milliers de personne arpentent quotidiennement le quartier Sidi Abed pour revendiquer ardemment la libération de l’icône intouchable de la fronde du Rif Nasser Zefzafi et ses compagnons. La toile s’est divisée entre les détracteurs et soutiens du mouvement, le clivage suscitant un tombereau d’insultes, de diffamations, de trahisons …

Une politique de l'autruche adoptée par le chef du gouvernement contre une vague protestataire qui submerge tout le Rif. Quant à l’Etat, il trouve un refuge illusoire dans la répression après avoir raté ses tentatives d'apaisement.

L’audace des Rifains est remarquable : pour eux, le temps est venu de sortir de l'ombre et de ne plus craindre les menaces de Fitna. Leurs revendications sont légitimes. Or, l’État opte pour une politique répressive en adoptant l’approche sécuritaire. Redouter la « Fitna », comme cela a toujours été le cas, freine inévitablement toute initiative de dialogue. Nul ne peut nier le patriotisme des manifestants, il suffit de jeter un coup d’œil sur l’histoire des luttes et des guerres sans merci menées par les Rifains en faveur de la patrie contre toutes sortes de colonisation. Doit-on fermer les yeux sur ce passé glorieux de nationalisme et de loyauté envers la monarchie ? Doit-on s’inquiéter d’un Hirak qui scande son identité dans un Maroc pluriel ? Lutter contre la corruption demeure toujours la devise immuable de tout mouvement protestataire au Maroc. Les maux dont souffre le pays y compris le Rif sont dus entre autres à la défaillance de la représentativité politique, la corruption à différentes échelles, la fragilité des institutions, des partis politiques agonisants… Si le Rifain a eu l’audace de se révolter, c’est parce qu’il en avait assez d'assister, impuissant, au spectacle des riches qui s'enrichissent face aux pauvres qui s’appauvrissent. Des hommes corrompus qui continuent de cumuler les biens et les pouvoirs sans partage. C’est de cette situation intolérable d’où émane cette vague protestataire jugée haineuse et accusée de trahison à la nation. Indigne est cette campagne d’instrumentalisation de l’opinion contre le Hirak. Ridicule est cette myriade de vidéos d’insultes et d’accusation non fondées provenant des deux clans. Ces dérives ont failli faire oublier le cœur du problème. Il n’est pas difficile d’imaginer ce qu’il serait advenu de la relation Etat-Citoyen si les décideurs étaient compréhensifs. A vrai dire, l’occasion se présente toujours pour que l’Etat panse les plaies occasionnées pendant une longue période au Rif. Désormais, nous devons comprendre et non sévir. A quoi cette politique sécuritaire peut-elle servir, sinon à rouvrir les plaies...

Par Hamid ELASSRI

Doctorant, Université Aix-Marseille. Enseignant Vacataire ENSAH d'Al-Hoceima .  
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